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vendredi 14 avril 2017

Sur les murs de São Paulo, la “guerre du spray” fait rage

São Paulo est depuis longtemps une référence dans le monde du street art. Mais la ville brésilienne connaît un nouvel épisode dans la guerre sans fin qui oppose les graffeurs et tagueurs aux politiques.




Depuis les années 1980, le street art est une composante incontournable du paysage urbain de São Paulo. Façades d’immeubles, stores de magasins, bâtiments désaffectés ou murs sous les ponts routiers : tout est support potentiel d’expression.
Certains secteurs sont désormais devenus des sites d’intérêt touristique, promus par la municipalitéou par des associations qui organisent des visites guidées. Parmi les lieux emblématiques : l’avenue 23 de Maio, le quartier du Centro et le “Beco do Batman”, un entrelacs de ruelles à Vila Madalena qui ressemble à un musée en plein air où les œuvres sont renouvelées régulièrement et où se pressent les visiteurs.

La rue, terrain de jeu des pichadores et grafiteiros

La culture street art, étroitement liée au hip-hop, s’affirme comme une appropriation directe de l’espace urbain par sa population et prend de multiples formes : tags, graffitis, pichaçõesbombs et murales (commandées et autorisées).

Lorsqu’on arrive à SP, difficile de ne pas remarquer les pichações, ces lettres au style caractéristique, souvent de couleur noire, réalisées dans des lieux plutôt difficiles à atteindre. Cette pratique, une forme de contestation née sous la dictature dans les années 1980, est considérée comme illégale. Sur fond d’injustice sociale, il s’agit pour les pichadores d’écrire le plus haut possible, à différents endroits, pour être vu et pour marquer son territoire.
On les oppose généralement aux grafiteiros, à présent reconnus comme des artistes, aujourd’hui soutenus par le public. Modestes ou de grande envergure, inventives et militantes, leurs productions offrent une diversité de styles et de thèmes. Quelques Paulistanos ont d’ailleurs acquis une belle renommée internationale et sont invités à produire et à exposer aux Etats-Unis et en Europe : Os GêmeosNuncaNinaZezãoSpeto et bien d’autres…

Doria et la guerra do spray

Le phénomène ne laisse pas indifférent. Adeptes ou détracteurs, les habitants ont leur avis. A commencer par le nouveau prefeito (maire) João Doria, qui a déclaré la guerre aux graffeurs et tagueurs.

Dès son entrée en fonction, le 1er janvier dernier, il s’est attaqué au nettoyage des murs de la ville. Pour marquer le coup sur le terrain médiatique, il a officiellement lancé l’opération Cidade Linda (belle ville) revêtu de la tenue des employés municipaux, sur la 23 de Maio, avec pour objectif de recouvrir de peinture grise cette œuvre géante, financée par le précédent prefeito. 
Les réactions ne se sont pas fait attendre, de soutien mais aussi de désapprobation.
Face au tollé, marche arrière : M. Doria a ensuite annoncé des mesures pour appuyer l’expression des grafiteiros et muralistas, comme le MAR, Museu de Arte de Rua, qui soutiendra des projets de street artistes, ainsi qu’une Escola do Grafite. Evoquant une erreur de jugement, il a regretté que les oeuvres n’aient pas été photographiées avant d’être effacées. Mais il a réaffirmé son intransigeance face aux pichadores : 102 personnes ont été emprisonnés depuis le 2 janvier. 
La situation ne semble donc pas vraiment apaisée et cette guerre risque de perdurer. L’avenue 23 de Maio, connue jusque-là comme la plus grande œuvre murale d’Amérique latine, est quant à elle maintenant l’objet de toutes les attentions de la part de la municipalité. Mais ce sont depuis quelques jours des plantes qui recouvrent ses murs…
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